Finance
La Suisse est souvent associée à des salaires élevés, à un système bancaire solide et à un niveau de vie confortable. Cette image est globalement juste, mais elle ne raconte qu’une partie de l’histoire. Gagner davantage en Suisse ne signifie pas automatiquement disposer de beaucoup plus d’argent à la fin du mois.
La vie financière suisse repose sur un équilibre entre revenus relativement élevés, dépenses importantes, fiscalité variable selon le lieu de résidence et forte responsabilité individuelle en matière d’assurance, d’épargne et de retraite.
Des salaires élevés, mais un coût de la vie important
Pour une personne arrivant de France, d’Italie, d’Espagne ou d’un autre pays européen, le premier élément spectaculaire est souvent le salaire.
Un revenu mensuel de plusieurs milliers de francs suisses est relativement courant dans de nombreuses professions qualifiées. Mais il faut immédiatement mettre ce salaire en relation avec les dépenses.
Le logement représente généralement l’un des postes les plus lourds, particulièrement dans des régions comme Genève, Lausanne, Zurich, Zoug ou Bâle. À cela s’ajoutent notamment :
- l’assurance maladie ;
- les transports ou la voiture ;
- l’alimentation ;
- les assurances ;
- les impôts ;
- la garde des enfants ;
- les loisirs ;
- éventuellement le remboursement d’un crédit ou d’un leasing.
La véritable question n’est donc pas seulement « combien gagnez-vous ? », mais plutôt « combien vous reste-t-il après toutes vos dépenses ? ».
Le salaire brut n’est pas le salaire réellement disponible
Lorsqu’une entreprise annonce un salaire, celui-ci est généralement exprimé en brut.
Différentes cotisations sociales sont ensuite prélevées. Le salarié contribue notamment au financement de l’AVS, de l’assurance-invalidité, de l’assurance-chômage et, selon sa situation professionnelle, de la prévoyance professionnelle.
Une particularité importante de la Suisse est également le 13e salaire, fréquent dans de nombreuses entreprises. Un salaire annuel de 78’000 CHF peut par exemple être versé en treize mensualités plutôt qu’en douze.
Il faut donc toujours comparer les emplois sur la base du revenu annuel, et pas uniquement sur le salaire mensuel affiché.
L’assurance maladie change complètement le calcul
L’une des grandes différences avec certains pays européens concerne l’assurance maladie.
La prime d’assurance maladie obligatoire n’est généralement pas simplement absorbée dans les charges salariales. Le ménage reçoit directement sa facture d’assurance.
Cela signifie qu’un salaire apparemment très confortable peut perdre une partie importante de son avantage lorsque plusieurs personnes doivent être assurées.
Une famille doit donc intégrer l’assurance maladie dès le début de son budget et tenir également compte de la franchise et de la participation éventuelle aux frais médicaux.
Les impôts dépendent fortement de l’endroit où l’on vit
Il n’existe pas réellement un unique niveau d’imposition suisse applicable à tout le monde.
La fiscalité dépend notamment :
- du canton ;
- de la commune ;
- du revenu ;
- de la fortune ;
- de la situation familiale ;
- des déductions auxquelles le contribuable peut prétendre.
Deux personnes disposant du même revenu peuvent donc supporter une charge fiscale différente simplement parce qu’elles n’habitent pas dans la même commune.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le choix du domicile peut avoir une véritable dimension financière en Suisse.
Le logement est souvent le premier gros défi
Dans les principales agglomérations, trouver un appartement peut être presque aussi difficile que de le financer.
Les propriétaires et régies peuvent demander différents documents destinés à vérifier la solvabilité du candidat.
Le logement influence ensuite toute la structure du budget.
Habiter au centre permet parfois de réduire les dépenses automobiles. Vivre plus loin peut diminuer le loyer, mais augmenter les frais de transport.
Le bon calcul consiste donc davantage à considérer logement + transport + fiscalité qu’à regarder uniquement le montant du loyer.
La voiture peut rapidement devenir coûteuse
En Suisse, une voiture ne signifie pas uniquement payer son carburant.
Il faut également prévoir l’assurance, l’immatriculation, les pneus, l’entretien, le stationnement et les réparations.
Dans certaines villes bien desservies, renoncer à une deuxième voiture, voire à toute voiture, peut considérablement modifier le budget familial.
Inversement, dans certaines régions périphériques, elle reste pratiquement indispensable.
Le crédit existe, mais il est relativement encadré
Les particuliers peuvent financer certains projets grâce au crédit privé, au leasing ou à d’autres solutions de financement.
Mais la logique suisse repose fortement sur la vérification de la capacité financière de l’emprunteur.
Avant de considérer un crédit, il faut distinguer deux situations très différentes :
un problème temporaire de trésorerie et un budget structurellement déficitaire.
Un crédit peut financer un projet ou répartir une dépense dans le temps. Il ne constitue pas une véritable solution lorsqu’un ménage dépense durablement davantage qu’il ne gagne.
La Suisse encourage fortement la prévoyance
Un élément essentiel de la vie financière suisse est le système des trois piliers.
Le premier pilier correspond principalement à la prévoyance étatique.
Le deuxième repose notamment sur la prévoyance professionnelle liée au travail.
Le troisième correspond à la prévoyance individuelle.
Cette organisation pousse naturellement les actifs à penser relativement tôt à leur retraite.
Ainsi, quelqu’un peut parfaitement avoir 35 ou 40 ans et déjà réfléchir à la manière dont ses choix professionnels, son épargne et sa prévoyance détermineront sa situation financière plusieurs décennies plus tard.
Le troisième pilier devient souvent une étape importante
Lorsque les revenus commencent à se stabiliser, de nombreuses personnes s’intéressent au troisième pilier.
Il permet de constituer progressivement une prévoyance personnelle et peut, sous certaines conditions, présenter un intérêt fiscal.
Mais il ne faut pas considérer automatiquement toute solution proposée sous l’appellation « troisième pilier » comme adaptée.
Il faut comprendre :
combien est versé, pendant combien de temps, dans quel produit, avec quels frais, quelle flexibilité et quel niveau de risque.
Le terme « troisième pilier » désigne un cadre de prévoyance. À l’intérieur de celui-ci peuvent exister des solutions financières très différentes.
L’épargne de précaution est particulièrement importante
Compte tenu du niveau des dépenses mensuelles, disposer d’une réserve financière apporte beaucoup de sécurité.
Prenons simplement un ménage dont les dépenses essentielles représentent 6’000 CHF par mois.
Avec :
- un mois de réserve : 6’000 CHF ;
- trois mois : 18’000 CHF ;
- six mois : 36’000 CHF.
Cette réserve n’a pas nécessairement vocation à produire un rendement maximal. Son premier rôle est de permettre au ménage de supporter un problème de voiture, une période professionnelle difficile, un déménagement ou une dépense inattendue sans devoir immédiatement emprunter.
Ensuite vient la constitution du patrimoine
Une fois le budget stabilisé et une réserve constituée, la question change.
On passe progressivement de :
« Comment payer mes dépenses ? »
à :
« Comment utiliser intelligemment l’argent que je n’ai pas besoin de dépenser immédiatement ? »
Plusieurs possibilités existent alors :
épargne bancaire, prévoyance, placements financiers, immobilier, investissement dans une entreprise ou remboursement anticipé de certaines dettes.
Il n’existe pas une stratégie universelle. L’âge, le revenu, la stabilité professionnelle, la famille, la tolérance au risque et les projets futurs changent complètement la réponse.
Acheter son logement n’est pas automatique
Contrairement à une idée parfois répandue, atteindre un bon salaire ne signifie pas nécessairement devenir rapidement propriétaire.
L’immobilier suisse peut demander un capital personnel important. Les établissements financiers examinent également la capacité du ménage à supporter durablement les charges liées au bien.
Certaines personnes ayant des revenus confortables restent donc locataires pendant de nombreuses années.
La décision doit être envisagée dans une logique patrimoniale globale plutôt que sous la simple idée que « louer revient à jeter son argent ».
L’argent disponible compte davantage que le salaire
Prenons deux situations fictives.
Une personne gagne 7’000 CHF et dépense 6’500 CHF chaque mois.
Une autre gagne 5’500 CHF et dépense 4’200 CHF.
La première possède un revenu supérieur, mais la seconde dispose d’une capacité d’épargne mensuelle nettement meilleure.
C’est probablement l’une des idées les plus importantes pour comprendre la vie financière suisse :
le niveau de vie dépend moins du salaire affiché que de la différence durable entre revenus et dépenses.
Une bonne organisation financière suisse
Une organisation saine pourrait donc suivre cette logique :
Revenu → charges obligatoires → dépenses courantes → réserve de sécurité → prévoyance → projets → investissements.
La première étape consiste à connaître précisément son coût de vie mensuel.
Ensuite, il devient beaucoup plus facile de décider combien conserver sur un compte disponible, combien consacrer à sa prévoyance et quelle somme peut réellement être investie à long terme.
Finalement, est-on riche avec un bon salaire en Suisse ?
Pas nécessairement.
On peut gagner 10’000 CHF par mois et connaître des difficultés financières lorsque le logement, les voitures, les crédits, les assurances et le niveau de consommation absorbent pratiquement l’ensemble du revenu.
À l’inverse, une personne disposant d’un revenu plus modéré mais d’un budget maîtrisé peut progressivement accumuler une épargne et un patrimoine importants.
La Suisse offre de nombreuses possibilités d’enrichissement à long terme parce que les revenus peuvent être élevés et que le système favorise la prévoyance et la stabilité. Mais elle demande également une gestion financière particulièrement rigoureuse, précisément parce que les dépenses peuvent elles aussi atteindre rapidement plusieurs milliers de francs par mois.